Une banque d’affaires pourrait « porter » Les Echos – Rue89 / Le nouvel Observateur

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Posté le 20 septembre 2007 // Étiquettes :

Article paru le 20 septembre 2007 // Étiquettes :

Un avocat a levé une partie du mystère sur la clause d’exclusivité qui lie Pearson, propriétaire des Echos, à LVMH, qui veut les acheter. Si le groupe de Bernard Arnault parvient à ses fins, la banque d’affaires Calyon serait provisoirement propriétaire des Echos. Afin de satisfaire les autorités de la concurrence et en attendant la vente de La Tribune, selon LVMH. Pour les salariés des Echos, « cela signifie qu’on peut très bien être vendus à une banque ».

L’avocat est Me Rachid Brihi, un spécialiste du droit social qui défend le comité d’entreprise des Echos. Ce jeudi matin, le CE assignait en référé les directions de Pearson et de LVMH pour obtenir la levée de la clause de confidentialité. Au milieu de sa longue plaidoirie, Me Brihi a livré cette confidence au président Herald : « Le Crédit Agricole, par le biais de Calyon, jouera le rôle de porteur. » Voilà donc une partie de la clause de confidentialité rendue publique, sous le nez des avocats de Pearson et de LVMH.

Me Jean-François Prat, le célèbre avocat d’affaires qui défend LVMH, minimise : « Le portage est une simple formalité, pour qu’il n’y ait pas de problème avec les autorités de la concurrence. » Bernard Arnault a en effet annoncé son intention de vendre La Tribune s’il parvient à racheter Les Echos. Reste que dans l’intervalle, il serait dans une situation de monopole sur le marché de la presse quotidienne économique. D’où cette idée de portage, selon l’avocat.

Mais pour les salariés des Echos, cette révélation a des implications beaucoup plus importantes :

« Ça signifie tout simplement qu’on ne sait plus qui va nous racheter. LVMH ? Une banque ? Combien de temps va durer le portage ? Est-ce que la banque respectera les engagements pris par LVMH ? “

Pour le CE, cette audience en référé visait surtout à mettre fin à ‘l’opacité’ qui entoure les négociations de vente. ‘Une entreprise de presse doit être une maison de verre’, a plaidé Me Brihi. Les élus du CE accusent aussi la direction de Pearson d’avoir fixé unilatéralement l’ordre du jour d’une de ses réunions.

La direction du groupe, représentée par Me Pascale Lagesse, conteste, évidemment. Avec son confrère qui défend LVMH, elle accuse les élus du personnel de chercher à faire traîner les négociations jusqu’à l’expiration de la clause d’exclusivité, le 26 novembre. Une manoeuvre qui aurait pour but de favoriser l’offre concurrente de Fimalac, qui a l’avantage, pour les journalistes des Echos, d’éviter tout conflit d’intérêt, contrairement au mastodonte économique qu’est LVMH.

La prochaine réunion du CE est convoquée pour le 24 septembre. Pas d’ordre du jour, pour l’instant. Selon les élus du personnel, la direction souhaiterait ce jour là mettre fin à la période d’information et enclencher le processus de vente du groupe Les Echos à LVMH, pour 240 millions d’euros. Le hic, c’est que le tribunal rendra son jugement le 28 septembre, ce qui rend cette réunion ‘vaine’ pour les représentants du personnel.

Article paru dans Rue89 / Le nouvel Observateur – 20.09.2007