Un sursis pour les crèmes Avon ? – Le Parisien

creme-avon

Posté le 29 janvier 2014 // Étiquettes :

Article paru le 29 janvier 2014 // Étiquettes :

Cravate et costume sombre, le regard rivé sur ses chaussures, le PDG d’Avon France a quitté hier le tribunal de commerce sans dire un mot, fendant la foule de salariés, des femmes surtout.

Coiffées de chapeaux roses, pancarte en main, elles étaient plusieurs dizaines à avoir fait le déplacement, espérant être enfin fixées sur leur sort. Mais la juridiction ne rendra sa décision que demain, à 14 heures. Le PDG, Tarik Sellami, a demandé le placement en redressement judiciaire de cette filiale du géant américain des cosmétiques. C’est aussi la solution défendue hier par les représentants du personnel, qui espèrent ainsi sauver les 127 emplois et les milliers d’« ambassadrices » de la marque, ces vendeuses indépendantes qui diffusent crèmes et parfums auprès d’un réseau de clientes.

La confiance du personnel envers sa direction est écornée

« J’ai bon espoir. C’est une première étape », a affirmé, à l’issue de l’audience, l’avocat des salariés, Ilan Muntlak, face à une rangée de visages inquiets. Si le tribunal se prononçait en faveur d’un redressement, un administrateur prendrait alors les rênes de l’entreprise, pour une période pouvant aller de trois à douze mois. L’enjeu : assainir la situation et convaincre d’éventuels repreneurs. « L’avenir va beaucoup dépendre de nous, lançait hier l’une des employées d’Avon. Il faut qu’on montre notre capacité à rebondir, pour être racheté. »

Mais la confiance que le personnel accordait à leur direction a été très sérieusement écornée ces derniers mois. En octobre, l’annonce d’une cessation de paiement imminente avait fait l’effet d’une douche froide. « Voilà des mois qu’on ne nous dit rien, en nous laissant entendre que l’activité va s’arrêter! » fulmine Isabelle Hanin, le regard noir sous ses mèches blondes. Cette ancienne esthéticienne était entrée chez Avon il y a un an à peine : « J’ai été assez idiote pour croire aux valeurs d’une entreprise qui se disait tournée vers les femmes… En réalité, ils n’en ont rien à faire. Moi qui suis mère célibataire de deux enfants, je ne sais pas ce que je vais devenir! » D’autres gardent un petit espoir, comme Véronique Garde, responsable de zone, venue de Saint-Etienne (Loire) avec sa mère, Marie-Andrée, elle-même ambassadrice de la marque. Elles sont venues au tribunal « soutenir Avon ».

Face aux juges, hier, le PDG Tarik Sellami a une fois de plus invoqué les difficultés de la société, qui s’est implantée dans l’Hexagone il y a cinquante ans. Depuis 1999, plusieurs plans de restructurations ont eu lieu. Un porte-parole assure que l’entreprise a totalisé 100 M€ de pertes en dix ans. « Mais aux Etats-Unis, l’argent rentre quand même! Ce groupe abandonne les sociétés quand il ne les juge pas rentables », dénonce Céline, responsable de zone dans le Nord-Pas-de-Calais. L’empire Avon, fondé en 1886, aujourd’hui présent dans plus de 100 pays, est l’un des leaders mondiaux de la vente directe.

 

Article paru dans Le Parisien – 29.01.2014